Opinion

Louisane LeBlanc: Si le projet pilote Expériences compétences mondiales prend fin, les Canadiens handicapés en seront privés

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Cette lettre d’opinion a été publiée par The PIE News le 8 septembre 2023

Lettre d’opinion par Louisane LeBlanc

Le Canada n’atteindra jamais son plein potentiel tant que les personnes handicapées ne seront pas pleinement intégrées dans le tissu social. Après tout, nous représentons 22 % de la population et, inévitablement, nous contribuons à l’excellence canadienne.

Je me réjouis de constater que des efforts concertés ont été déployés au fil des ans pour éliminer les obstacles auxquels se heurtent les Canadiens vivant avec un handicap.

Par exemple, l’année dernière, le gouvernement fédéral a publié le tout premier Plan d’action pour l’inclusion des personnes en situation de handicap du Canada, qui vise à améliorer la vie des personnes handicapées. Il s’agit d’un pas dans la bonne direction pour garantir l’égalité des chances à tous les Canadiens.

Dans le même ordre d’idée, soit celle de faire une plus grande place aux personnes en situation de handicap, le gouvernement canadien mettait sur pied en 2019 le programme pilote de mobilité étudiante Expérience compétences mondiales afin, par exemple, d’aider les étudiantes et étudiants en situation de handicap, Autochtones et en situation financière précaire à étudier ou à travailler à l’étranger.

Le programme ECM rencontre un vif succès. À ce jour plus de 5 500 personnes inscrites dans une institution canadienne prodiguant un enseignement postsecondaire ont pu profiter d’un séjour unique à l’étranger.

De ce nombre, quelque 900 personnes en situation de handicap ont vécu une expérience qui a transformé comment elles appréhendent le monde.

Le programme pilote tirera à sa fin en 2025 et j’aimerais que l’enveloppe budgétaire de ce programme hors du commun et novateur soit réallouée pour permettre aux personnes trop souvent exclues d’être bien outillées afin d’être compétitives dans un monde en éternel changement.

Je suis une personne à mobilité réduite et en 2000, j’ai obtenu une généreuse bourse sans laquelle je n’aurais pu aller étudier une session à l’Université de Poitiers, en France. Après avoir trouvé une chambre avec une salle de bain adaptée grâce à l’aide du directeur de mon programme d’études, j’ai navigué dans les dédales de la bureaucratie pour me munir de mon visa étudiant.

Encore aujourd’hui, je remercie ma bonne providence d’avoir mis sur mon chemin une employée du consulat français qui connaissait bien les règles et qui m’a émis un visa de six mois moins un jour.

Elle m’évitait ainsi une visite médicale qui, vu mon handicap, aurait pu être catastrophique et m’aurait probablement fermé les portes de l’Hexagone. Le jour de mon départ, j’étais fébrile et fière : mon amour de l’apprentissage me donnait des ailes et m’offrait une occasion exceptionnelle de me dépasser.

Quelle expérience ce fut! Presque un quart de siècle plus tard, je peux affirmer que ce voyage a été des plus formateurs, et ce, même si mon séjour se déroulait en France.

J’ai été dépaysée dès que j’ai mis les pieds à Paris : en arrivant chez elle, l’étudiante qui était venue me chercher à l’aéroport s’est garée en sens inverse de la circulation sur cette minuscule rue du XVIIe. J’apprenais qu’en France, il était possible de respecter les règles tout en les modulant.

À ce jour, cette leçon est souvent présente à mon esprit, c’est-à-dire que pour atteindre une cible, il y a plus d’un chemin. Il est donc primordial de démontrer de la flexibilité afin de m’adapter aux différentes situations auxquelles je fais face.

D’autre part, par la force des choses, j’ai dû adapter ma manière de m’exprimer afin d’être comprise, j’ai même incorporé de nouvelles expressions à mon vocabulaire : « oui, j’ai de la tune. C’est effectivement nickel chrome! »

Le fait d’être francophone et de ne pas être comprise par d’autres francophones m’a sensibilisé à l’importance de bien communiquer, mais aussi de ne pas juger une personne par rapport à son accent ou ses expressions parce que la langue est intrinsèquement liée à notre identité et à notre culture.

Franchement, cette expérience d’études à l’étranger a fait de moi une personne beaucoup plus consciente des inégalités sociales.

Je suis depuis sensible au sort de toutes celles et de tous ceux qui immigrent ou qui sont déplacés en raison de catastrophes humaines ou climatiques.

J’étais en France de mon plein gré, mais il y a eu des jours ou je me sentais incomprise et seule au monde.

Dans l’état actuel du monde, l’empathie est une compétence qu’on devrait encourager.

L’adaptabilité aux changements, l’agilité communicationnelle ainsi que les compétences interculturelles sont des atouts avidement recherchés par les employeurs d’ici et d’ailleurs.

Étudier ou travailler à l’étranger donne aux personnes en situation de handicap des outils qui leur permettront de se démarquer et de contribuer à la société, autrement dit d’en faire des leaders empathiques.

Pour toutes ces étudiantes et tous ces étudiants qui pourraient vivre une telle expérience, je crois qu’il est impératif que le budget du programme pilote Expérience compétences mondiales soit reconduit.

Donnons des ailes à cette jeunesse pleine de fougue et faisons rayonner le Canada!

Louisane LeBlanc, M.A. est Candidate au doctorat et chargée de cours au Département de linguistique et de traduction à l’Université de Montréal.

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